Rétrospective d’un après-midi sur l’Île de Waiheke

De manière générale, je pense que chacun a sa vision sur le voyage. Aventure. Détente. En ville ou en pleine nature. De beaux hôtels ou des petites chambres d’hôtes authentiques, ou encore une nuit à la belle étoile. Chaque personne a sa façon d’imaginer le tourisme. Et c’est un fait.
Personnellement, j’adore marcher. Et m’aventurer dans chaque recoin d’une destination qui m’attend. Enfin surtout moi… qui court vers cette destination… bras grand ouverts. D’un point de vue personnel, se promener dans une ville sans but précis est la meilleure des manières pour la découvrir. Je ne dis pas que c’est la meilleure des manières. C’est simplement la mienne. Me perdre, pour me retrouver et trouver dans ce nouveau lieu, des aspects innatendus qu’aucun guide touristique ne m’avait présentés.

C’est ainsi que, fraîchement arrivée dans ce nouveau pays, je me suis lancée sur les petits chemins de l’île de Waiheke. Située en face de la ville d’Auckland, elle est accessible en 40 minutes de ferry (38 NZD l’aller-retour) avec la compagnie Fullers. Le bateau vous dépose à Matiatia Bay, à 3km du village principal de l’île, Oneroa. L’île est la plus habitée du Golf, avec ses 9250 habitants permanents. Elle est initialement réputée, pour ses vins et ses « wine tours » (dégustation de vin + visite des vignobles).

cascade

J’ai donc débarqué sur cette fameuse île, non pas pour une balade oenologique, bien qu’en tant que bonne Française, cela m’aurait vraiment enchanté, mais plutôt pour une petite randonnée dans le parc régional de Whakanewha. Je vous l’avoue, au premier abord, le nom paraît très exotique. Une fois sur place, ça l’est encore plus ! J’ai dû prendre un bus pour traverser une bonne partie de l’île, me permettant par la même occasion d’entrevoir la vie locale à travers la vitre tremblante du bus.

N’ayant pas encore d’abonnement téléphonique en Nouvelle-Zélande, je me lance dans cette aventure à la journée, sans internet . Oui, à notre époque, ça peut en choquer plusieurs, de partir comme ça, sans connexion, sans carte (je m’étais renseigné un peu à l’avance, tout de même). Ca peut paraître impensable. Je comprends, je n’étais pas tout à fait rassurée non plus… Et en effet, petit pépin: je loupe mon arrêt de bus, et me retrouve à un carrefour au milieu de la forêt. Cette belle journée commence bien ! Heureusement j’ai pris soin de demander à la conductrice du bus qui me dit gentiment de redescendre la route jusqu’au croisement. Ce que je fais. A ce fameux croisement, je me dirige vers O’Brien Road où je suis censée trouver l’entrée du parc. Et donc, après une bonne vingtaine de minutes de marche, un grand panneau se présente : WHAKANEWHA REGIONAL PARK. Enfin! J’y suis. L’aventure peut commencer.

randonnée ile de waiheke

Peut-être avez-vous déjà voyagé dans des destinations vraiment lointaines de l’Europe où tout est différent de ce que nous connaissons chez nous. Personnellement, après avoir pris un ferry et un bus pour traverser cette île, j’ai enfin compris que pour la première fois, j’étais à l’autre bout du monde. Lorsque l’on me demande, j’hésite encore pour définir ce parc régional de forêt ou de jungle. Je pense que si la réponse “un curieux mélange des deux” était possible, alors c’est celle-ci que je choisirais. Une belle rencontre entre Jane et Mowgli.

J’ai fait une grande boucle autour du parc. Autant vous dire que pendant presque 3h30 je n’ai que très peu vu le ciel. Seulement feuillages, cours d’eaux, cascades et mes pieds sur ce fin chemin. Personne à l’horizon. Simplement ma petite âme et cette grande forêt à perte de vue. A l’écoute de chaque bruit, chaque chantement d’oiseaux. Notamment ces Tuis avec leur petite “poche” au niveau de la gorge qui leur permet d’émettre ce son si… amusant. A peine arrivée dans le parc, je l’ai entendu sonné de toute part, ne comprenant pas ce que c’était et d’où ce chant venait, jusqu’à ce que j’aperçoive enfin un de ces petits êtres, perché sur son arbre, sifflant son solo majestueusement.

J’ai vagué dans ce parc, suivant les chemins qui m’inspiraient. A travers ces grands arbres qui ne m’ont jamais fait sentir autant petite dans ce monde. Impression accentuée par les Kauris. Arbre endémique de la Nouvelle-Zélande, ils sont énormément protégés. Leur tronc peut atteindre 10 mètres de diamètre et jusqu’à 50 mètres de hauteur (le plus grand est Tane Mahuta, dans la forêt de Waipoua, dans le Northland au Nord du pays, mesurant 51m). Leurs racines restent très fragiles. Pour cette raison, il est demandé aux randonneurs de rester sur les sentiers balisés. A certaines entrées du parc, des espaces pour nettoyer les chaussures (brosses et spray avec du produit) sont aménagés. Ceci permet d’éviter de propager la maladie qui menace ces géants de la forêt depuis plusieurs années.

Après deux heures de marche dans la forêt, j’en sors enfin, afin de rejoindre une petite plage au coeur de Rocky Bay. A peine ai-je eu le temps d’entrevoir le soleil que la météo néo-zélandaise décide soudainement d’affirmer son fort caractère. Une pluie diluvienne. Pendant trois petites minutes. J’enfile mon imperméable. Une minute passe. Je cache mon appareil photo sous un sac plastique. La deuxième minute défile. Je remets mon sac sur le dos. Troisième minute. Temps écoulé. La pluie s’arrête et je me vois rembobiner la cassette. Je reprends mon sac à dos, sors mon appareil de sa cachette, range mon imperméable. Rapide, et bien efficace. Là est aussi le charme de la Nouvelle-Zélande: on ne sait jamais vraiment à quoi s’attendre! Et c’est beau. On peut annoncer une journée de pluie, pour en avoir une toute ensoleillée et seulement un petit quart d’heure de pluie torrentielle au milieu de l’après-midi. Ainsi va la météo ici. Imprévisible.

Le soleil repointe donc le bout de son nez, je me pose alors sur la plage, sur le sable tout/très frais, en évitant les nids d’oiseaux “dotterel”. Deux-trois d’entre eux sont posés les pieds dans l’eau, attendant patiemment que leurs petits sortent de leur coquille et rejoignent la mer.

paysage waiheke arc-en-ciel
mer waiheke

Sur le chemin du retour, je passe de temps à autre devant des maisons nichées sur la colline du parc, donnant une vue imprenable sur le golf. Les différentes architectures typiques, ou plus originales me donnent envie de tout lâcher et de venir m’installer ici. Habiter au milieu de nul part sur cette île surprenante. Laisser mes yeux se balader toute la journée sur le panorama qui s’offre à moi. Puis pour réjouir mon coeur français, faire un tour dans un des vignobles dans les alentours. Enfin, le soir venu, dîner face à un beau coucher de soleil qui m’aveuglera les yeux. Le jeu en vaudrait la chandelle! Au final, c’est ça aussi, voyager: remettre toute sa vie en question pendant quelques instants en voulant tout quitter pour rester où nous sommes, dans le moment présent.

fougère waiheke